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La traversée de l’Atlantique, juin 1956

Quelques mois avant la publication de son premier roman, Chocolates for breakfast, Pamela Moore utilise l’à-valoir sur ses droits d’auteur pour se rendre en France en paquebot, via l’Angleterre.

Bon nombre des articles concernant la sortie de son livre la présentent comme « la réponse américaine à Françoise Sagan », dont le roman Bonjour Tristesse, publié deux ans auparavant, en 1954, est devenu un best-seller international. Pamela Moore a dix-huit ans – le même âge que Sagan. Ce qui n’échappe pas au New York Times : « Il n’y a pas si longtemps, on aurait trouvé choquant de voir des jeunes filles lire les livres que dorénavant elles écrivent. »

Dans son roman, Pamela Moore raconte le passage à l’âge adulte d’une jeune fille évoluant dans l’univers protégé, privilégié et débauché des pensions chics, des bals de débutantes, des parents divorcés, des étudiants alcooliques des universités de l’Ivy League et des acteurs sous-employés. Certaines scènes ont pour cadre le Garden of Allah de Hollywood, le Plaza Hotel et le Stork Club de Manhattan.

 pamela-edouard-desembarquentDe gauche à droite : Pamela Moore en trench-coat et lunettes noires sur une jetée ; une voiture sur un ferry ; un navire de guerre. (Archives Jonas Mekas)

Sur le bateau, Pamela, dix-huit ans, rencontre Édouard de Laurot, qui en a trente-quatre. Réalisateur de films, écrivain politiquement engagé et cofondateur avec Jonas et Adolfas Mekas du magazine Film Culture, c’est un Polonais naturalisé français. Il collaborera au film Guns of the Trees de Jonas Mekas et dirigera bientôt Sunday Junction, un long métrage condamnant la passion de l’Amérique pour les voitures et la prolifération des autoroutes, des centres commerciaux et des stations-services.

edl-jm-am-rockstars De gauche à droite : Jonas Mekas, Adolfas Mekas, Édouard de Laurot.

Après avoir débarqué en Angleterre, Pamela écrit à Édouard qu’elle arrivera en France plus tôt que prévu. Elle a le sentiment qu’il lui a ouvert les yeux et n’a de cesse que de poursuivre leur conversation.

Aucune des missives d’Édouard à Pamela n’a survécu. La plupart de ses lettres à Mekas comprenaient la mention « à détruire après lecture », et on peut imaginer que Pamela, plus scrupuleuse que d’autres, ait obéi à ces instructions. Pourtant, assez curieusement, une lettre de 1956 dans laquelle Laurot annonce aux frères Mekas qu’il vient de faire la connaissance de Pamela Moore comporte un avertissement inhabituel : Gardez mes lettres. Il se pourrait qu’un jour certains détails soient importants.

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Lettre d’Edourd de Laurot aux  frères Mekas, 9 juin, 1956:

À bord, il y avait quelques personnes qui en valaient la peine ; parmi elles, la Françoise Sagan américaine (en plus intense), une fille de dix-huit ans dont le premier livre est sur le point de paraître et qui voyage sur l’argent de son à-valoir. Nos idées l’ont intéressée, puis captivée, et je suis presque sûr que son prochain livre (dont nous avons esquissé les grandes lignes ensemble) portera des traces tangibles de nos rencontres.

Lettre de Pamela Moore à Edourd de Laurot, 14 juin, 1956:

Comme vous l’avez suggéré, j’ai acquis de meilleures connaissances de base et donc peut-être que la prochaine fois que je vous verrai, je serais plus au courant – dans ce sens, au moins… Vous serez soulagé d’apprendre que je n’ai pas consolidé mes « convictions anglo-saxonnes » (de toute façon, si on veut chicaner, elles sont d’origine celtique), cette société n’ayant pas réussi à avoir de l’influence sur moi. Le peu de sujets que j’ai évoqués avec vous compteront, je le sais, beaucoup plus à mes yeux. Cette considération, ajoutée à l’envie que j’ai de vous revoir et à l’exode général des gens de l’édition qui partent en vacances à partir de la semaine prochaine, m’a décidée à avancer mon arrivée en France. Je pars pour l’Irlande le week-end prochain et arriverai à Paris le 30 juillet. L’American Express essaie de prolonger ma réservation à l’hôtel Duminy. Etant donné que l’idée de modifier mes plans m’est venue sur le bateau, qu’elle m’a été confirmée par ce que j’ai découvert ou non, elle découle en fait de ma rencontre avec vous. 

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